E-réputation & harcèlement: impacts de cette dérive sociétale

Crédit photo : "Trust" réalisé par David Schwimmer, 2010

Crédit photo : “Trust” réalisé par David Schwimmer, 2010

Aujourd’hui, les « digital natives » se construisent à travers leur e-réputation sur les réseaux sociaux, tels que Facebook, Twitter ou encore Instagram. Ces natifs numériques considèrent en effet ces nouveaux médias comme le reflet de leur réputation dans la vie réelle. Une majorité d’entre eux aspire à la popularité sur Internet. Ces individus créditent cette dernière par le nombre d’amis sur Facebook, le nombre de mentions « j’aime » obtenues sur leurs contenus postés, etc. Ils éprouvent le besoin irréaliste d’être aimés de tous.

Cette utilisation du numérique est surtout dominante chez les collégiens et lycéens en quête de personnalité et éprouvant le besoin de s’affirmer et de s’assumer, à travers l’acceptation de leurs pairs.

Notre société prend conscience de cette réalité, qui peut-être jugée par certains comme effroyable. Cela est probablement dû à une mauvaise communication entre parents, autrement dit, les « digital immigrant », et enfants ainsi qu’au gap technologique. Certains parents peuvent en avoir la même connaissance et maîtrise que leurs enfants mais d’autres, se sentir au contraire dépassés ou démunis face à l’essor du digital.

Parents - enfants : vers une nouvelle communication

Parents – enfants : vers une nouvelle communication (Psychologies magazine)

Dans tous les cas, cela ne les empêche pas d’avoir peur pour leurs enfants, malgré, parfois, une certaine difficulté à instaurer un dialogue avec ces derniers.

90% des jeunes ne parlent pas à leurs parents de ce qu’ils vivent sur Internet. Si cyber-harcèlement il y a, ils pourraient alors se trouver considérablement isolés, et seuls face à ce problème, encore méconnu d’eux et de leurs parents.

L’un des premiers cas ayant bouleversé le monde entier est très certainement celui d’Amanda Todd. Cette jeune fille, âgé de 15 ans seulement, s’est suicidée en octobre 2012, après trois ans de lutte acharnée contre un homme qui a détruit sa réputation et finalement sa vie, via les réseaux sociaux.

Amanda Todd

Amanda Todd (Facebook)

Amanda Todd surfait sur des sites de rencontres, et à la demande de l’homme. Elle s’est dénudée, sans avoir conscience de son acte. Il en voulait davantage, mais Amanda refusa. Peu de temps après, l’homme repris contact avec elle via Facebook, et le début de son cauchemar ne fit que commencer. Il mis tout en œuvre pour lui donner une très mauvaise réputation sur internet : la nouvelle e-réputation d’Amanda a fait fuir ses amis…

Elle raconte son histoire dans une vidéo, qu’elle a posté un mois avant de se donner la mort : http://urlz.fr/1L9C

Beaucoup pensent que ce cas est extrême, et qu’il n’arrive qu’aux autres. Vision biaisée.

40% des jeunes déclarent avoir été victimes de cyber-harcèlement ou d’une destruction de leur e-réputation, qui les mène à une réelle destruction de leur vie réelle.

Un jeune homme, âgé de 23 ans, a accepté de témoigner, dans le cadre de cet article :

« J’ai été harcelé via Internet lorsque j’avais 17 ou 18 ans. Tout se passait très bien dans ma vie : j’avais des amis, je m’amusais, je finissais le lycée et je préparais mon bac. A l’époque, j’avais une petite amie, et j’ai décidé de rompre. Nous n’habitions pas dans le même pays. Ses amis ont commencé à me menacer via Facebook, à poster des photos et des insultes partout sur le web… Cela a duré plusieurs mois. La réputation qu’ils me donnaient sur internet était à l’opposé de celle que j’avais auprès de mes amis : j’ai crée un nouveau compte, où je pouvais devenir transparent, sans réputation, sans dévalorisation de qui j’étais. Cela a été très dur, je ne dormais plus, je ne mangeais plus. Mes amis m’ont énormément soutenu. Aujourd’hui, cette affaire appartient au passé, mais je reste méfiant. »

Cyber-harcèlement

Cyber-harcèlement (Blog : rêve de citation)

5 ans après le cyber-harcèlement subi, constitutif d’une dégradation très importante de son e-réputation, son témoignage nous laisse penser que son histoire peut être celle de quiconque et qu’elle peut se produire pour n’importe quelle raison. Ce type de phénomène conduit à une très faible estime de soi, à une dévalorisation de la personne par les autres, à évoluer dans un environnement anxiogène, angoissant pour certains. Il est susceptible de mener à une déprime, une dépression, voire au suicide. On réalise à quel point l’e-réputation d’une personne prend de l’importance dans la construction de soi et dans celle de sa vie. Une majorité de personnes accordent aujourd’hui plus d’importance à leur vie virtuelle qu’à leur vie réelle, même si cette dernière est tout autre que celle qu’ils laissent paraître sur Internet et les médias sociaux.

Ces dernières années, en France, ce phénomène est devenu la cible du gouvernement, d’associations, de parents révoltés, d’adolescents qui témoignent, etc. Ils souhaitent informer, trouver des solutions et prévenir. Ce tabou est en train de se briser, et ce combat devient collectif, national même. Le 06 février 2015, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education Nationale, a très clairement annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre le harcèlement scolaire – se traduisant notamment par des dispositions relatives à Internet. Quelques jours après, Infrarouge, émission sur France 2, diffusait un documentaire unique : « Souffre-douleurs, ils se manifestent ».

Infrarouge : documentaire

Infrarouge : documentaire (France 2)

Encore plus récemment, Les Inrocks se sont intéressés à la Youtubeuse Enjoy Phoenix, connue pour ses nombreux tutoriels sur le maquillage, la beauté, et ses nombreux conseils adressés aux filles. Fait surprenant, son e-réputation est considérablement différente de la réputation que les élèves de son lycée lui donnent : adorée sur internet, détestée au lycée. Cet article mérite d’être lu : http://urlz.fr/1L9D

Pour les plus intéressés, et curieux, quelques liens utiles, clairs et complets :

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Auteure ce billet

MaIMG_7208 retouchethilde Peloux de Reydellet
Diplômée d’une licence en Sciences de la Communication & de l’Information à la Sorbonne, je suis aujourd’hui en Master Communication & Médias au sein de l’ESG Management School. Je suis passionnée par tous les phénomènes liés à notre société, particulièrement les NTIC, celui de l’e-réputation et du cyber-harcèlement.

(Article lu 18523 fois)

2 réponses
  1. Madou dit :

    Quelle finesse d’analyse chez cette jeune femme !
    Elle donne envie d’être connue et je me mets à la place de ses parents et grands parents qui doivent, à juste titre, être particulièrement fiers d’avoir une telle fille et petite fille !
    Quelle chance ils ont !
    Bravo mademoiselle et surtout continuez !

    Répondre

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