LogoSNJ-Site3_1Le journalisme consiste à “rechercher, vérifier, situer dans un contexte, mettre en forme (…). Son exercice demande du temps et des moyens, quel que soit le support. La notion d’urgence dans la diffusion d’une information ou d’exclusivité ne doit l’emporter sur le sérieux de l’enquête et sur la vérification des sources. (…) Un journaliste digne de ce nom doit exercer la plus grande vigilance avant de diffuser des informations d’où qu’elles viennent.” Ainsi est défini le journalisme selon la Charte de Déontologie des Journalistes.

Seulement voilà… Aujourd’hui son statut se fragilise et tend à devenir de plus en plus controversé. Alors même que les contours de la profession étaient déjà flous, l’arrivée et la prolifération massive du numérique avec Internet, les réseaux sociaux et tous les autres nouveaux moyens de communication, ne font que les brouiller de plus belle. L’omniprésence du numérique dans notre société apporte de nombreux changements dans nos mœurs, tant au niveau économique que sociétal. Internet devient un vrai terrain de jeu pour l’expression de chacun et, ouvre de nouveaux horizons jusqu’alors inexplorés…

Intéressons-nous au cas de BFMTV qui ne cesse d’enchaîner les scandales et les maladresses.

C’était le 9 Janvier 2015, alors qu’une prise d’otages avait lieu dans un Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, une source informe BFMTV que 6 otages et 1 bébé sont cachés dans la chambre froide de l’hypermarché. BFMTV s’empresse alors de diffuser cette exclusivité. Quelques minutes plus tard, la chaîne est aussitôt accusée de mettre en danger la vie des otages toujours captifs. Par chance, les terroristes n’ont pas vu le bandeau passer. Bandeau retiré immédiatement par la chaîne.

Cette course au scoop aurait pu coûter la vie des otages. Cela en valait-il la peine?

Au cours des attentats terroristes, les médias audiovisuels ont rempli leur rôle premier : celui d’informer le public. Néanmoins, conscient des difficultés que posait la couverture de tels événements, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel avait pris les devants en stipulant fermement aux radios et télévisions « d’agir avec le plus grand discernement notamment en vue de permettre aux forces de l’ordre de remplir leur mission avec toute l’efficacité requise ». Malheureusement, BFMTV s’est révélé ne pas être le seul à manquer de déontologie. En effet, parmi les 500 heures de programmes analysées, 36 manquements ont été relevés par le Conseil. Parmi eux, 15 médias ont donné lieu à mise en garde et 21 ont justifié des mises en demeure.

Sur quels faits se portent ces décisions ?

  • La diffusion d’images issues de la vidéo montrant le policier abattu par les terroristes diffusée par France 24. Information relevant de l’atteinte au respect de la dignité de la personne humaine.
  • La divulgation d’éléments permettant l’identification des frères Kouachi par I>Télé et LCI. Informations permettant de comprendre que les terroristes étaient activement recherchés.
  • La divulgation de l’identité d’une personne mise en cause comme étant l’un des terroristes par France 2, BFMTV, I>Télé, TF1 et LCI. Information risquant d’alimenter les tensions au sein de la population.
  • La diffusion d’images et d’informations concernant le déroulement des opérations en cours, alors que les terroristes étaient encore retranchés à Dammartin-en-Goële et à l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes par Canal+, France 2, France 24, BFMTV et + Euronews. Informations et images indiquant notamment le déploiement des forces de l’ordre.

La liste est encore longue… Cliquez ici pour accéder au communiqué du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

Dans ce contexte, que deviennent le journalisme, le code de déontologie et l’éthique du journalisme ?

L’éthique a pour but d’indiquer aux être humains comment se comporter les uns par rapport aux autres et au sein de leur société. Elle n’implique à aucun moment une obéissance aveugle en un ensemble de règles absurdes et non comprises. Elle suggère au contraire, une notion de responsabilisation des individus autour de règles et de normes promues par la société et leur groupe social d’appartenance. D’un point de vue étymologique, elle signifie “l’étude des comportements”.

Information Obesity

Crédits: http://www.business2community.com/

Mais alors que la course à l’information devient primordiale, voire nécessaire à la survie de certains médias, les journalistes perdent leur légitimité. Ils ne sont plus les seuls à raconter ce qui se passe dans le monde. Les réseaux sociaux abondent d’informations, de témoignages et d’images en provenance directe du terrain. L’infobésité est née…

Les journalistes ont établi des règles, des chartes de déontologie faisant référence à des valeurs fondamentales. Mais, à l’heure où de nouvelles pratiques deviennent parties prenantes de notre société, ces normes et valeurs sont bousculées.

Comment s’assurer de la véracité de l’information sans déroger à la protection de l’anonymat de la source ? Comment insérer les images fournies par des amateurs dans les journaux télévisés sans risquer de compromettre la solidité du discours informatif ? Comment ne pas tomber dans la rumeur ?

Alors que pleins de questions se soulèvent, certains médias partent en quête d’exclusivité, allant parfois même jusqu’à bafouer leur code de déontologie.

L’apparition du concept de “chaîne info en live” devient une mode, une tendance. Les chaînes, concurrencées de plein fouet par Internet sont les victimes de la frénésie de l’instantanéité et ne prennent parfois même plus la peine de vérifier leurs sources au risque de perdre ainsi la qualité de l’information, voire la véracité de celle-ci. La course au direct est lancée.

Trop d’information ne tue t-elle pas l’information ? Dans le cas de BFMTV, l’information aurait pu coûter la vie des otages…

Information Overload

Crédits: http://www.makemark.co.uk/

Sources :

Extraits :

« Éthique professionnelle, c’est un grand mot, presque un gros mot d’ailleurs… Pour ma part, j’essaie toujours d’éviter de faire aux autres ce que je n’aimerai pas qu’on me fasse. » Frédérique Béal, journaliste à France 3 Arras.

« Je ne fais pas de politique au sens militant du terme. Mais comme il existe des « légitimistes », j’estime devoir me battre pour imposer les normes de mon métier. » Florent Pommier, journaliste à INC hebdo.

Méganne Lévêque

Capture d’écran 2015-02-26 à 23.06.22Étudiante en 4ème année à l’ESG Management School. Passionnée par la photo et engagée dans de nombreuses associations humanitaires comme G du Cœur, association humanitaire à but non lucratif, je commence cette année un Master en Communication & Média.

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