Psychologie : peut-on provoquer la chance ?

À la rencontre du chien porte-bonheur

Four Leaf Clover

En 2011, c’est une expérience très particulière que Derren Brown, un célèbre mentaliste, a mené dans le village Irlandais de Todmorden. Une journaliste recrutée par ses soins s’est rendue dans le village avec un objectif : créer une rumeur à propos d’un chien porte-bonheur. Celui-ci n’est en fait qu’une simple statue de bronze installée en-dehors de la ville, auparavant sans réelle signification pour les habitants.

Mais lorsque la rumeur prit racine, ces derniers commencèrent à aller tapoter régulièrement la tête du chien afin de s’attirer la bonne fortune. Et, de manière intéressante, ce fut le cas pour la grande majorité d’entre eux. Certains se réjouirent d’avoir obtenu un emploi, tandis que d’autres exhibèrent avec fierté leurs billets de loterie gagnants. Comment une statue, apparemment anodine, a-t-elle pu soudainement gagner de tels pouvoirs ?

Théorie des filtres & cécité au changement

Chaque seconde, nos sens sont assaillis par un nombre titanesque d’informations. Vos yeux vous informent de la luminosité, la couleur, et le mouvement de votre environnement. Vos oreilles vous rapportent des sons, leur hauteur, leur timbre. Votre peau prend en compte la chaleur ambiante, la pression atmosphérique. Vos papilles gustatives vous signalent peut-être encore le goût amer de votre dernier café, ou celui légèrement mentholé de votre dentifrice.

Mais en raison de ressources limitées, notre cerveau n’est pas capable de traiter consciemment toutes ces informations à la fois. C’est précisément pour cette raison que nous ne pouvons focaliser notre attention que sur certains signaux en particulier. C’est là l’origine du phénomène de cécité au changement, très connu en psychologie sociale, que vous pourrez admirer dans toute sa splendeur dans cette courte vidéo (attention, le tour de cartes se fait très rapidement) :

C’est en se faisant piéger que l’on apprend !

Une question se pose : si nous notre conscience ne peut se diriger que vers une partie des informations disponibles, comment notre cerveau choisit-il celles qui seront dignes d’attention ?  En clair, nous avons tendance à utiliser un système de filtres nous permettant de repérer uniquement les informations cruciales pour nous. Ces filtres sont soit liés à notre survie (mouvements brusques, sons stridents, etc…), soit à nos croyances. C’est le biais que, jour après jour, les magiciens et autres mentalistes utilisent pour nous émerveiller. Un léger mouvement de la main, apparemment nonchalant, suffit à détourner notre attention du véritable tour de magie, qu’il s’agisse d’une manipulation de cartes ou d’un acte de pickpocket. Dans la vidéo ci-dessus, notre croyance que le tour est uniquement axé sur les cartes nous rend invariablement aveugles à tous les autres éléments, aussi flagrants soient-ils.

Quel rapport avec la chance ?

Quel est donc le mécanisme qui a permis aux habitants du village de Todmorden d’augmenter sensiblement leur chance ? Si vous pensez aux filtres, vous êtes sur la bonne voie. Dans une deuxième partie de l’expérience, notre mentaliste fait l’hypothèse que la différence entre une personne chanceuse et une personne malchanceuse est tout simplement la propension à repérer et à saisir les opportunités. C’est ainsi que Wayne, le boucher du village qui se qualifie lui-même de très malchanceux, va consécutivement :

  • Jeter un ticket à gratter posté dans sa boite aux lettres qui lui aurait fait gagner une télévision.
  • Ignorer un jeu-concours faisant gagner 20 £ à toute personne capable de nommer six différentes parties du bœuf.
  • Passer à côté d’un billet de banque sans même le voir.

Le point commun entre ces évènements ? Mis à part le fait qu’il s’agisse d’opportunités, tous ont été savamment orchestrés par le mentaliste lui-même. La leçon est la suivante : étant donné que Wayne entretient la croyance qu’il est malchanceux, son cerveau choisit d’ignorer consciemment les opportunités, car il considère qu’elles ne sont pas importantes pour lui. Son attention se dirige donc sur les événements malchanceux plutôt que les opportunités. Si l’expérience complète de Derren Brown vous intéresse, je vous propose de consulter l’intégralité de son émission (dans les sources de l’article).

Pour conclure, on peut dire que la chance, plutôt que d’être hors de portée, est en réalité contrôlable. De cette manière, ce ne sera plus la chance qui influera sur notre état d’esprit, mais notre état d’esprit qui influera sur la chance.

En bref…

  • N’importe quel objet ou rituel peut potentiellement devenir un porte-bonheur.
  • Notre attention se focalise préférentiellement sur les éléments qui confirment nos croyances.
  • Se considérer comme chanceux n’est donc autre qu’un filtre permettant de repérer des opportunités.

Sources

  • [VIDEO, ANGLAIS] Derren Brown – The Secret Of Luck http://ow.ly/BXLY5
  • Change Blindness – Definition of Psychology Terms http://ow.ly/BXMjX
  • Is “Change Blindness” Attenuated by Domain-specific Expertise? An Expert-Novices Comparison of Change Detection in Football Images http://ow.ly/BXMJw

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Dylan Michot Chargé despotpink-p communication et de marketing (stagiaire) chez SpotPink. Je suis étudiant en troisième année de Psychologie au sein de l’Université Paris Descartes, et consacre tout mon temps libre au sport et à la nutrition. Toujours a l’affut de nouvelles découvertes scientifiques dans ces domaines, je cherche tous les moyens d’exploiter notre biologie au service de la performance. Vous pouvez me parler en français, anglais ou en allemand et me contacter via mon profil Facebook.

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